Avoir une adresse est aujourd’hui indispensable pour accéder à tous les droits civiques, civils et sociaux. Pour les personnes sans domicile stable, c’est la domiciliation, proposée par les Centres communaux d’action sociale et certaines associations dont le Secours Catholique, qui est le seul recours. Mais le système, saturé, amène parfois des discriminations.
Dans les Hauts-de-Seine, les organismes associatifs domicilient 3 400 personnes.
Dans l’une des petites salles de La Rampe, lieu d’accueil du Secours Catholique à Colombes (Hauts-de-Seine), Christian attend son tour. Maintenant il donne son nom, son numéro de domicilié et on lui remet un paquet d’enveloppes. Depuis plusieurs années, Christian vient chercher son courrier ici.
« Je n’ai pas les moyens d’avoir un logement, je dors chez divers amis, explique-t-il. Mais il me fallait obligatoirement une adresse fixe pour avoir mon Pass Navigo gratuitement pour le métro. J’ai pu aussi remplir ma feuille d’imposition, avec l’aide d’un bénévole. Même si je ne paie pas d’impôt, j’en ai besoin pour renouveler ma demande de logement social. »
Quatre demi-journées par semaine, le local de La Rampe accueille des permanences de domiciliation. Deux sont gérées par le Secours Catholique et concernent la domiciliation de droit commun, c’est-à-dire pour les Français et les réfugiés politiques. Les deux autres sont tenues par l’association Dom’asile, créée par plusieurs associations caritatives chrétiennes dont le Secours Catholique, pour répondre aux besoins spécifiques des demandeurs d’asile.
Les personnes sans domicile stable peuvent ainsi utiliser l’adresse de ces organismes agréés par la préfecture pour leurs démarches administratives ou pour recevoir du courrier.
Des justificatifs pour justifier le justificatif
« La domiciliation va au-delà d’une simple adresse, précise Hélène Ceccato, animatrice du Secours Catholique des Hauts-de-Seine. Elle est pour nous la première étape d’un accompagnement sur le long terme vers l’accès aux droits. » Une fois le courrier remis à son destinataire, celui-ci passe une dizaine de minutes avec un bénévole pour vérifier qu’aucune lettre n’est urgente. Si besoin il appelle Pôle emploi pour une prise de rendez-vous. Lors des permanences de Dom’asile, une salariée de la Sécurité sociale est même là pour répondre aux questions.
Mais une adresse de domiciliation peut aussi amener à la discrimination. Ce lundi, Marc interpelle Marcelle Brown, co-responsable bénévole de La Rampe : « Je suis allé à la Caf pour avoir une nouvelle carte Vitale. Quand ils ont vu sur mon attestation de domiciliation que La Rampe était mon adresse, ils m’ont demandé un justificatif pour le prouver. »
Marcelle Brown soupire et lève les yeux au ciel : « On en vient à faire un justificatif de justificatif ! » Elle remplit la feuille que lui tend Marc et ajoute une note à l’intention de l’employée de la Caf pour lui rappeler que ce formulaire supplémentaire n’est pas nécessaire. « Voire illégal », observe-t-elle à voix haute.
Pour les étrangers en procédure de régularisation, le courrier est fondamental car il permet le lien avec les administrations.
« Jusqu’en juin, nous avons eu aussi un problème avec la préfecture de Nanterre, rappelle-t-elle. Les demandeurs d’asile domiciliés chez Dom’asile qui obtenaient la protection de la France voulaient retirer leur carte de réfugié politique, comme la procédure le prévoit. Mais les employés au comptoir refusaient de la leur donner à cause de leur adresse. Nous avons interpellé le préfet à ce sujet : La Rampe est un lieu agréé par lui-même ! Depuis juillet, cela semble aller mieux. »
Malgré ces difficultés, la domiciliation est indispensable pour les étrangers sans domicile stable. « Ceux que nous accueillons ont fui les persécutions dans leur pays et une fois sortis de l’avion, ils ont huit jours pour faire une demande d’asile. Or sans adresse, ils ne peuvent entamer la moindre procédure administrative dans ce sens », explique Anne-Claire Bureau, responsable départementale de Dom’asile.
« Nous ne pouvons assurer un service public avec nos seuls bénévoles »
Aujourd’hui, le dispositif est saturé pour ce public : Dom’asile à Colombes reçoit et trie le courrier de près de 800 personnes uniquement avec une vingtaine de bénévoles. D’ailleurs, ce mardi après-midi, Dominique reçoit ceux qui veulent ouvrir une domiciliation… et doit répondre non à presque tout le monde.
« C’est extrêmement difficile de refuser », confie-t-il. Pintu revient pour la deuxième fois ce mois-ci : « Vous m’avez déjà envoyé vers cette autre association. J’ai essayé partout, ça n’a pas marché ! Acceptez-moi ! »
C’est pour répondre à ce genre de situation que le Secours Catholique des Hauts-de-Seine a mis en place, en 2010, un collectif pour la domiciliation rassemblant les organismes agissant dans ce domaine. Son premier travail a été, en 2011, une enquête sur les Centres communaux d’action sociale (CCAS).
« Depuis la loi de 2007 qui institue des possibilités de domiciliation pour les personnes, les premiers concernés par la domiciliation sont les CCAS. Or certains renvoyaient directement les demandeurs d’une adresse vers les associations », se souvient Hélène Ceccato. Résultat : sur le département, les CCAS domicilient environ 1 000 personnes quand les organismes associatifs en ont 3 400.
Hélène Ceccato reconnaît volontiers que les CCAS n’ont pas de budget supplémentaire pour assurer la domiciliation, mais elle plaide pour un changement de mentalité : « Nous ne pouvons assurer un service public avec nos seuls bénévoles. Notre volonté première est que les gens aient accès au droit commun. Pour nous, la meilleure solution serait que les personnes ayant besoin d’une adresse aillent se domicilier auprès des CCAS. Et pourquoi pas, accompagnées d’un de nos bénévoles. Notre rôle serait ainsi mieux cadré. »
Alors que la chaleur est bien présente dans le Vaucluse, la Ville d’Avignon vient de mettre en ligne une carte interactive qui recense les fontaines, jeux d’eaux et îlots de fraîcheur présents sur la commune. Outre les parcs et fontaines déjà existants, la Ville propose des jeux d’eau et des brumisateurs à la Plaine des sports, au Pré du Curé, à l’abbaye Saint-Ruf et dans les parcs de la Murette et Chico Mendes. Par ailleurs, d’ici les prochains jours, la Ville devrait installer des kiosques rafraîchissants au square Agricol Perdiguier et au parc Colette.
Pour consulter la carte, cliquez sur la carte ou ici
Marianne Cohen , Laurence Eymard , Romain Courault et Serge Muller — 16 août 2023 à 12h10
En raison de son urbanisme et de son manque d’espaces verts, la capitale française est actuellement l’une des villes européennes les moins adaptées aux fortes chaleurs.
À la suite d’un épisode de canicule, les fontaines du Trocadéro (XVIe arrondissement) ont été ouvertes aux baigneurs, le 19 juillet 2022 à Paris. | Quentin De Groeve / Hans Lucas via AFP
Temps de lecture: 9 min
En compilant des données sur plus de 800 villes européennes, une récente étude scientifique a estimé que Paris était une des villes d’Europe les plus meurtrières en cas de canicule.
Pour comprendre pourquoi, il faut se pencher sur la notion d’îlot de chaleur urbain (ICU). Un phénomène bien connu des météorologues et qui exacerbe l’augmentation locale des températures avec la multiplication des pics de chaleur en période estivale.
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Or, toujours selon cette étude parue en mars 2023 dans le Lancet Planetary Earth, 90% des Parisiens étaient exposés à un îlot de chaleur urbain de forte intensité (entre 3 et 6°C de différence) et 10% à un îlot de chaleur urbain de très forte intensité (plus de 6°C de différence) en 2021.
Si, aujourd’hui, protéger des pics de chaleur les habitats des villes est devenu un enjeu de santé publique et d’environnement, ces enjeux ont rarement préoccupé les partisans du développement urbain durant les siècles passés. Les villes ont d’abord été construites pour protéger leurs habitants avant d’intégrer des objectifs hygiénistes. Plus récemment, le pétrole bon marché et la voiture individuelle ont favorisé la mise en place de politiques familiales et d’aménagement facilitant l’étalement urbain.
La carte a été réalisée par interprétation visuelle des teintes dominantes de la carte de thermographie d’été de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) à l’intérieur des îlots statistiques de l’Insee (Bouddad et al. 2017). Les zones laissées en blanc sur la carte correspondent soit à des espaces inhabités (zones industrielles et portuaires, aéroports), soit à des quartiers habités par des ménages de catégorie moyenne. | Fourni par l’auteur
Les vagues de chaleur représentent pourtant un danger direct pour la santé des populations, et affectent particulièrement des quartiers déjà vulnérables. Tâchons donc de comprendre d’abord pourquoi l’effet d’îlot de chaleur urbain est particulièrement néfaste en Île-de-France, avant de voir comment nous pourrions y remédier.
L’îlot de chaleur urbain
Toutes les surfaces artificielles génèrent de la chaleur en excédent, la température moyenne en ville étant supérieure de quelques dixièmes de degrés (bourg de petite taille) à plusieurs degrés (métropole), par rapport à celle de la campagne environnante. Par exemple, un écart de 4°C a été observé entre le centre de Paris et les bois périphériques lors de la canicule de 2003. Pour comprendre pourquoi, plusieurs facteurs sont à prendre en compte.
L’îlot de chaleur urbain augmente avec:
La chaleur due aux activités humaines (combustion, climatiseurs, chauffage, serveurs, etc.).
La nature et la couleur des matériaux: béton, asphalte, tuiles et autres matériaux minéraux et synthétiques sombres qui absorbent l’énergie solaire le jour et la réémettent la nuit (rayonnement thermique).
La hauteur et l’espacement entre les bâtiments: une forte densité de bâti piège l’air chaud et limite le refroidissement des surfaces et des murs. Les immeubles de haute taille et les extensions horizontales de la métropole provoquent un ralentissement aérodynamique, limitant l’évacuation de la chaleur.
Les sols naturels, la végétation et l’eau: un sol constitué de gravillons contient des poches d’air (isolantes), qui limitent l’absorption de chaleur et sa couleur claire réfléchit le rayonnement solaire. L’eau a, elle, un fort pouvoir rafraîchissant, grâce à l’évaporation en surface. La végétation en bonne santé joue le même rôle, par sa transpiration. Elle peut se développer dans tous les interstices du bâti, plus facilement et durablement que des nappes d’eau.
L’ombre: les sols ombragés par les bâtiments riverains, des ombrières (structures destinées à fournir de l’ombre) ou par des arbres de haute taille accumulent moins de chaleur.
Les sols, murs et toits clairs réfléchissant la lumière du soleil. Ils emmagasinent donc moins de rayonnement que les matériaux sombres. En revanche, la réflexion du soleil peut aggraver la chaleur de l’air à proximité de la surface dans la journée.
Localement, les surfaces chaudes provoquent une dépression atmosphérique, qui favorise la circulation de l’air venant des périphéries plus fraîches (brise thermique nocturne).
De même, pendant la nuit, le relief favorise la circulation de l’air vers le bas des pentes.
Densifier encore le tissu urbain aura pour effet d’augmenter la superficie du dôme de l’îlot de chaleur urbain.
Les différents paramètres énoncés ci-dessus font que la métropole du Grand Paris présente un très fort îlot de chaleur urbain. Le tissu urbain continu autour de Paris intra-muros aggrave encore plus cette situation. Dans les quartiers périphériques où habitent les ménages les plus modestes, le bâti est mêlé à des zones industrielles et commerciales; et les températures diurnes atteignent des valeurs extrêmes dues à des revêtements imperméables et sombres prépondérants.
Au contraire, à l’ouest de Paris et dans la boucle de la Marne, où vivent les ménages les plus aisés, les températures sont moindres, soit proches de la moyenne, soit plus fraîches, du fait de l’extension de zones pavillonnaires avec jardins, souvent situées à proximité de grands espaces verts.
La circulation de l’air y est également favorisée par les couloirs de fraîcheur rentrant dans la ville (air le long de la vallée de la Seine, ou venant des forêts proches sur les plateaux au sud-ouest). Inversement, la circulation de l’air est freinée dans le cœur de ville, dans les quartiers nord et des proches banlieues denses, par la minéralité et la hauteur des bâtiments (dont beaucoup d’immeubles sur dalle).
La dalle très minérale du quartier d’affaires de La Défense, vue depuis la Grande Arche. | Serge Muller / fourni par l’auteur
Certains modèles d’urbanisme, comme les cités-jardins ou les ceintures vertes, alternatives impulsées au tournant du XXe siècle, pourraient être des sources d’inspiration, grâce à des surfaces plus importantes de végétation arborée, sols perméables, rivières et étangs pérennes, contribuant aussi au bien-être des habitants.
La cité-jardin de Payret-Dortail au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine): construite dans les années 1920, elle mêle petits collectifs et pavillons, séparés par des jardins et des rues arborées. | Laurence Eymard / fourni par l’auteur
C’est le cas pour le Grand Londres. En plus d’être bordé de zones humides et de grands réservoirs d’eau, il jouit de grands parcs et d’un réseau hydrographique accentuant la fraîcheur maritime. Du fait de son urbanisme moins dense et de sa situation légèrement plus septentrionale, le Grand Londres connaît des températures bien moindres que le Grand Paris.
Comme le Grand Paris est déjà largement construit, il s’agit ici de proposer avant tout des solutions d’adaptation et d’atténuation aux canicules et autres extrêmes climatiques, le tout sans aggraver les inégalités existantes.
Un urbanisme à repenser face au changement climatique
Densifier encore fortement le tissu urbain, comme le prévoit le schéma directeur de la Région Île-de-France, aura pour effet d’augmenter la superficie du dôme de l’îlot de chaleur urbain, et exacerbera très probablement son intensité maximale au centre, étant donné que la circulation de l’air risque d’être bloquée en périphérie.
Comme les Parisiens ont pu le vivre, notamment en 2022, le centre de la métropole deviendra invivable en période chaude. Cela conduira à une aggravation des inégalités sociales, sans résoudre les problèmes structurels de l’Île-de-France, puisque la seule issue des ménages est de partir en périphérie, voire en province pour les plus chanceux.
Afin de garantir une qualité de vie satisfaisante sans accroître sa superficie et ses disparités sociales et spatiales, la piste la plus prometteuse est donc d’exploiter les sources internes de rafraîchissement et d’optimiser la circulation de l’air à toutes les échelles.
Ce qu’il faut préserver et améliorer
Les arbres existants, qu’ils soient implantés dans des espaces verts, le long d’alignements, ou dans des cités-jardins, de même que les zones perméables non recouvertes de bitume, les terrains de sport non recouverts de revêtements synthétiques, doivent être préservés, multipliés et étendus.
Le jardin du Trocadéro (XVIe arrondissement de Paris), un espace vert à couvert végétal diversifié. | Serge Muller / fourni par l’auteur
Les zones agricoles, situées pour la plupart à l’extérieur de la métropole du Grand Paris (comme le plateau de Saclay ou le Triangle de Gonesse), doivent aussi être conservées ou préservées, car les sols y sont perméables et relativement frais (hors longue période de sécheresse). À l’échelle du territoire, il est indispensable de conserver les zones de faible densité urbaine, car elles apportent une surface de sol naturel intéressante (jardins individuels ou de petits groupes d’immeubles) et un potentiel de circulation de l’air par la faible hauteur de bâti.
C’est pourtant l’inverse qui se produit dans la métropole du Grand Paris. Les cités-jardins, du fait du vieillissement du bâti, sont menacées de destruction, alors qu’elles devraient être réhabilitées et classées, car ce modèle d’urbanisme est pertinent à la fois d’un point de vue social et bioclimatique.
Les projets urbains en cours de réalisation pour cette échéance ont été conçus il y a dix ans à une époque d’insouciance, aujourd’hui révolue. En témoigne la récente remise à jour du Schéma directeur de la Région Île-de-France. Ces projets devraient ainsi être amendés pour réduire l’impact des vagues de chaleur (notamment prohiber les revêtements sombres des immeubles (murs, volets et toits), favoriser la circulation de l’air dans les appartements, isoler les murs par l’extérieur, espacer les immeubles et les entourer de jardins arborés de pleine terre.
De même, les projections de croissance démographique et de besoins en logements de la métropole du Grand Paris devraient être réactualisées à l’aune de l’ère post-pandémie de Covid-19, qui les a réduites.
Végétaliser certes, mais comment?
La métropole du Grand Paris est particulièrement dépourvue en végétation arborée, comme le montre la carte de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR), mise à jour en 2021. Des compléments de plantations d’arbres sont donc hautement souhaitables, dans tous les espaces appropriés. Ces plantations devront être adaptées aux conditions climatiques des prochaines décennies. Elles pourront prendre des formes différentes et complémentaires en fonction des espaces:
Multiplication des plantations d’essences variées et adaptées le long des avenues, afin d’accroître l’ombrage des chaussées et trottoirs, de constituer des corridors favorables à la circulation de la biodiversité et de favoriser des voitures moins climatisées. À l’origine, les plantations sur les grands boulevards ont été dominées par un petit nombre d’espèces. Sur les 1.900 arbres des Champs-Élysées, par exemple, 900 environ sont des marronniers et 560 des platanes. Ce type de monoculture n’est clairement pas à favoriser, de par le caractère d’adaptation limité de ces espèces face au dérèglement climatique, du danger que court une plantation avec seulement quelques espèces face à d’éventuelles menaces pathogènes et de la pauvreté de ce type de plantation pour la biodiversité.
Ensemble de paulownias. | Serge Muller / fourni par l’auteur
Création et/ou extension de nouveaux parcs, jardins et squares urbains, sur le modèle multifonctionnel des parcs haussmanniens de Paris, constituant des espaces de récréation (et de refuge, même nocturne lors des épisodes de canicules) pour les populations.
Accroissement de la végétalisation (avec l’inclusion de végétaux arbustifs et herbacés) sur les places minéralisées de la métropole, sur le modèle des plantations d’arbres réalisées sur la place de la Comédie à Montpellier ou sur la place de la Gare à Strasbourg.
Maintien de friches spontanées, à l’image de celles qui se sont développées en bordure de la «petite ceinture» parisienne.
Création de nouvelles forêts ou de bosquets denses urbains, constituant des îlots de fraîcheur, à l’exemple des «micro-forêts Miyawaki» (de l’ordre de quelques centaines de m2) ou de projets sur des surfaces plus conséquentes (de l’ordre de l’hectare), comme celle en cours de réalisation sur la place de Catalogne à Paris (XIVe arrondissement).
Ensemble végétal structuré avec strates arborescentes, arbustives et herbacées, rue Vercingétorix, dans le XIVe arrondissement de Paris. | Serge Muller / fourni par l’auteur
L’ensemble de ces formations végétales, complémentaires et adaptées à chaque situation locale, contribuera à accroître l’indice global de canopée de la métropole du Grand Paris et à tendre vers une réelle «forêt urbaine» qui constitue la meilleure adaptation possible des villes aux canicules à venir.
Il est aussi important, à l’échelle régionale, de relier ces zones végétalisées par des corridors de fraîcheur, orientés de façon à optimiser la circulation des brises dominantes arrivant des zones agricoles, forestières ou humides plus fraîches situées en périphérie.
Au rayon fruits, en revanche, l’association relève une stabilisation du prix moyen (-0,2%) pour les produits conventionnels.
Courgettes, tomates grappes… le prix des légumes a connu une “forte hausse” sur un an, en partie en raison des “aléas climatiques”, a déploré jeudi l’association de défense des consommateurs Familles rurales, qui dénonce une tendance inflationniste plus ancienne.
Comme chaque année, l’association a réalisé 118 relevés de prix en grandes surfaces (hypermarchés, supermarchés, discounters et magasins spécialisés bio) du 8 au 21 juin 2026, sur 40 départements, pour un panier de neuf fruits et de dix légumes.
Côté légumes, la hausse est “nette” entre juin 2025 et juin 2026, aussi bien en bio (+7%, à 5,47 euros le kilo) que pour les produits non bio, dits conventionnels (+10% à 3,27 euros).
“Les épisodes successifs de fortes pluies, de fraîcheur puis de chaleur ont perturbé les productions” tandis que les “principaux pays fournisseurs de la France, notamment l’Espagne et le Portugal, ont eux aussi connu” une météo défavorable, analyse l’association.
Des produits de moins en moins accessibles
Les courgettes ont par exemple coûté 32% de plus en conventionnel (2 euros le kilo), et 28% de plus en bio (4,04 euros), tandis que les tomates grappes ont enregistré une hausse de 31% en conventionnel (2,91 euros) et de 11% en bio (5,99 euros). Les haricots verts ont également grimpé de 24% en conventionnel et de 19% en bio.
Au rayon fruits, en revanche, l’association relève une stabilisation du prix moyen (-0,2%) pour les produits conventionnels, à 4,33 euros le kilo, et un recul (-10%) pour le bio (6,96 euros le kilo), toutefois toujours “hors de portée de nombreux budgets”.
En conventionnel, malgré des “hausses notables” pour le citron jaune (+14%) et la pastèque (+10%), les prix des pêches et abricots n’ont pas ou peu bougé, quand ceux des cerises (-6%) et des melons (-9%) ont baissé.
Malgré “d’importantes fluctuations météorologiques” en mai, les “fruits à noyau ont bénéficié d’une production importante”, ce qui a “contribué à contenir certains prix”, au côté de promotions en magasin, note Familles rurales.
Pour autant, “les difficultés d’accès aux fruits et légumes ne relèvent plus de fluctuations ponctuelles, mais d’une tendance durable”, leur prix ayant augmenté “beaucoup plus vite” en dix ans que l’inflation générale, fait-elle valoir, données de l’Insee à l’appui. Elle appelle les parlementaires à soutenir une proposition de loi du député écologiste Boris Tavernier censée garantir l’accès à un panier de produits sains vendus à prix coûtants.
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NB: Nous essayons de trouver l’Intégrale de l’article.
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Depuis 2008, nous faisons régulièrement nos courses, achetant les mêmes produits dans les mêmes enseignes de la région. Une occasion de mesurer notre pouvoir d’achat. Prise de pouls avant l’été…
Marianne Cohen , Laurence Eymard , Romain Courault et Serge Muller — 16 août 2023 à 12h10
En raison de son urbanisme et de son manque d’espaces verts, la capitale française est actuellement l’une des villes européennes les moins adaptées aux fortes chaleurs.
À la suite d’un épisode de canicule, les fontaines du Trocadéro (XVIe arrondissement) ont été ouvertes aux baigneurs, le 19 juillet 2022 à Paris. | Quentin De Groeve / Hans Lucas via AFP
Temps de lecture: 9 min
En compilant des données sur plus de 800 villes européennes, une récente étude scientifique a estimé que Paris était une des villes d’Europe les plus meurtrières en cas de canicule.
Pour comprendre pourquoi, il faut se pencher sur la notion d’îlot de chaleur urbain (ICU). Un phénomène bien connu des météorologues et qui exacerbe l’augmentation locale des températures avec la multiplication des pics de chaleur en période estivale.
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Or, toujours selon cette étude parue en mars 2023 dans le Lancet Planetary Earth, 90% des Parisiens étaient exposés à un îlot de chaleur urbain de forte intensité (entre 3 et 6°C de différence) et 10% à un îlot de chaleur urbain de très forte intensité (plus de 6°C de différence) en 2021.
Si, aujourd’hui, protéger des pics de chaleur les habitats des villes est devenu un enjeu de santé publique et d’environnement, ces enjeux ont rarement préoccupé les partisans du développement urbain durant les siècles passés. Les villes ont d’abord été construites pour protéger leurs habitants avant d’intégrer des objectifs hygiénistes. Plus récemment, le pétrole bon marché et la voiture individuelle ont favorisé la mise en place de politiques familiales et d’aménagement facilitant l’étalement urbain.
La carte a été réalisée par interprétation visuelle des teintes dominantes de la carte de thermographie d’été de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) à l’intérieur des îlots statistiques de l’Insee (Bouddad et al. 2017). Les zones laissées en blanc sur la carte correspondent soit à des espaces inhabités (zones industrielles et portuaires, aéroports), soit à des quartiers habités par des ménages de catégorie moyenne. | Fourni par l’auteur
Les vagues de chaleur représentent pourtant un danger direct pour la santé des populations, et affectent particulièrement des quartiers déjà vulnérables. Tâchons donc de comprendre d’abord pourquoi l’effet d’îlot de chaleur urbain est particulièrement néfaste en Île-de-France, avant de voir comment nous pourrions y remédier.
L’îlot de chaleur urbain
Toutes les surfaces artificielles génèrent de la chaleur en excédent, la température moyenne en ville étant supérieure de quelques dixièmes de degrés (bourg de petite taille) à plusieurs degrés (métropole), par rapport à celle de la campagne environnante. Par exemple, un écart de 4°C a été observé entre le centre de Paris et les bois périphériques lors de la canicule de 2003. Pour comprendre pourquoi, plusieurs facteurs sont à prendre en compte.
L’îlot de chaleur urbain augmente avec:
La chaleur due aux activités humaines (combustion, climatiseurs, chauffage, serveurs, etc.).
La nature et la couleur des matériaux: béton, asphalte, tuiles et autres matériaux minéraux et synthétiques sombres qui absorbent l’énergie solaire le jour et la réémettent la nuit (rayonnement thermique).
La hauteur et l’espacement entre les bâtiments: une forte densité de bâti piège l’air chaud et limite le refroidissement des surfaces et des murs. Les immeubles de haute taille et les extensions horizontales de la métropole provoquent un ralentissement aérodynamique, limitant l’évacuation de la chaleur.
Les sols naturels, la végétation et l’eau: un sol constitué de gravillons contient des poches d’air (isolantes), qui limitent l’absorption de chaleur et sa couleur claire réfléchit le rayonnement solaire. L’eau a, elle, un fort pouvoir rafraîchissant, grâce à l’évaporation en surface. La végétation en bonne santé joue le même rôle, par sa transpiration. Elle peut se développer dans tous les interstices du bâti, plus facilement et durablement que des nappes d’eau.
L’ombre: les sols ombragés par les bâtiments riverains, des ombrières (structures destinées à fournir de l’ombre) ou par des arbres de haute taille accumulent moins de chaleur.
Les sols, murs et toits clairs réfléchissant la lumière du soleil. Ils emmagasinent donc moins de rayonnement que les matériaux sombres. En revanche, la réflexion du soleil peut aggraver la chaleur de l’air à proximité de la surface dans la journée.
Localement, les surfaces chaudes provoquent une dépression atmosphérique, qui favorise la circulation de l’air venant des périphéries plus fraîches (brise thermique nocturne).
De même, pendant la nuit, le relief favorise la circulation de l’air vers le bas des pentes.
Densifier encore le tissu urbain aura pour effet d’augmenter la superficie du dôme de l’îlot de chaleur urbain.
Les différents paramètres énoncés ci-dessus font que la métropole du Grand Paris présente un très fort îlot de chaleur urbain. Le tissu urbain continu autour de Paris intra-muros aggrave encore plus cette situation. Dans les quartiers périphériques où habitent les ménages les plus modestes, le bâti est mêlé à des zones industrielles et commerciales; et les températures diurnes atteignent des valeurs extrêmes dues à des revêtements imperméables et sombres prépondérants.
Au contraire, à l’ouest de Paris et dans la boucle de la Marne, où vivent les ménages les plus aisés, les températures sont moindres, soit proches de la moyenne, soit plus fraîches, du fait de l’extension de zones pavillonnaires avec jardins, souvent situées à proximité de grands espaces verts.
La circulation de l’air y est également favorisée par les couloirs de fraîcheur rentrant dans la ville (air le long de la vallée de la Seine, ou venant des forêts proches sur les plateaux au sud-ouest). Inversement, la circulation de l’air est freinée dans le cœur de ville, dans les quartiers nord et des proches banlieues denses, par la minéralité et la hauteur des bâtiments (dont beaucoup d’immeubles sur dalle).
La dalle très minérale du quartier d’affaires de La Défense, vue depuis la Grande Arche. | Serge Muller / fourni par l’auteur
Certains modèles d’urbanisme, comme les cités-jardins ou les ceintures vertes, alternatives impulsées au tournant du XXe siècle, pourraient être des sources d’inspiration, grâce à des surfaces plus importantes de végétation arborée, sols perméables, rivières et étangs pérennes, contribuant aussi au bien-être des habitants.
La cité-jardin de Payret-Dortail au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine): construite dans les années 1920, elle mêle petits collectifs et pavillons, séparés par des jardins et des rues arborées. | Laurence Eymard / fourni par l’auteur
C’est le cas pour le Grand Londres. En plus d’être bordé de zones humides et de grands réservoirs d’eau, il jouit de grands parcs et d’un réseau hydrographique accentuant la fraîcheur maritime. Du fait de son urbanisme moins dense et de sa situation légèrement plus septentrionale, le Grand Londres connaît des températures bien moindres que le Grand Paris.
Comme le Grand Paris est déjà largement construit, il s’agit ici de proposer avant tout des solutions d’adaptation et d’atténuation aux canicules et autres extrêmes climatiques, le tout sans aggraver les inégalités existantes.
Un urbanisme à repenser face au changement climatique
Densifier encore fortement le tissu urbain, comme le prévoit le schéma directeur de la Région Île-de-France, aura pour effet d’augmenter la superficie du dôme de l’îlot de chaleur urbain, et exacerbera très probablement son intensité maximale au centre, étant donné que la circulation de l’air risque d’être bloquée en périphérie.
Comme les Parisiens ont pu le vivre, notamment en 2022, le centre de la métropole deviendra invivable en période chaude. Cela conduira à une aggravation des inégalités sociales, sans résoudre les problèmes structurels de l’Île-de-France, puisque la seule issue des ménages est de partir en périphérie, voire en province pour les plus chanceux.
Afin de garantir une qualité de vie satisfaisante sans accroître sa superficie et ses disparités sociales et spatiales, la piste la plus prometteuse est donc d’exploiter les sources internes de rafraîchissement et d’optimiser la circulation de l’air à toutes les échelles.
Ce qu’il faut préserver et améliorer
Les arbres existants, qu’ils soient implantés dans des espaces verts, le long d’alignements, ou dans des cités-jardins, de même que les zones perméables non recouvertes de bitume, les terrains de sport non recouverts de revêtements synthétiques, doivent être préservés, multipliés et étendus.
Le jardin du Trocadéro (XVIe arrondissement de Paris), un espace vert à couvert végétal diversifié. | Serge Muller / fourni par l’auteur
Les zones agricoles, situées pour la plupart à l’extérieur de la métropole du Grand Paris (comme le plateau de Saclay ou le Triangle de Gonesse), doivent aussi être conservées ou préservées, car les sols y sont perméables et relativement frais (hors longue période de sécheresse). À l’échelle du territoire, il est indispensable de conserver les zones de faible densité urbaine, car elles apportent une surface de sol naturel intéressante (jardins individuels ou de petits groupes d’immeubles) et un potentiel de circulation de l’air par la faible hauteur de bâti.
C’est pourtant l’inverse qui se produit dans la métropole du Grand Paris. Les cités-jardins, du fait du vieillissement du bâti, sont menacées de destruction, alors qu’elles devraient être réhabilitées et classées, car ce modèle d’urbanisme est pertinent à la fois d’un point de vue social et bioclimatique.
Les projets urbains en cours de réalisation pour cette échéance ont été conçus il y a dix ans à une époque d’insouciance, aujourd’hui révolue. En témoigne la récente remise à jour du Schéma directeur de la Région Île-de-France. Ces projets devraient ainsi être amendés pour réduire l’impact des vagues de chaleur (notamment prohiber les revêtements sombres des immeubles (murs, volets et toits), favoriser la circulation de l’air dans les appartements, isoler les murs par l’extérieur, espacer les immeubles et les entourer de jardins arborés de pleine terre.
De même, les projections de croissance démographique et de besoins en logements de la métropole du Grand Paris devraient être réactualisées à l’aune de l’ère post-pandémie de Covid-19, qui les a réduites.
Végétaliser certes, mais comment?
La métropole du Grand Paris est particulièrement dépourvue en végétation arborée, comme le montre la carte de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR), mise à jour en 2021. Des compléments de plantations d’arbres sont donc hautement souhaitables, dans tous les espaces appropriés. Ces plantations devront être adaptées aux conditions climatiques des prochaines décennies. Elles pourront prendre des formes différentes et complémentaires en fonction des espaces:
Multiplication des plantations d’essences variées et adaptées le long des avenues, afin d’accroître l’ombrage des chaussées et trottoirs, de constituer des corridors favorables à la circulation de la biodiversité et de favoriser des voitures moins climatisées. À l’origine, les plantations sur les grands boulevards ont été dominées par un petit nombre d’espèces. Sur les 1.900 arbres des Champs-Élysées, par exemple, 900 environ sont des marronniers et 560 des platanes. Ce type de monoculture n’est clairement pas à favoriser, de par le caractère d’adaptation limité de ces espèces face au dérèglement climatique, du danger que court une plantation avec seulement quelques espèces face à d’éventuelles menaces pathogènes et de la pauvreté de ce type de plantation pour la biodiversité.
Ensemble de paulownias. | Serge Muller / fourni par l’auteur
Création et/ou extension de nouveaux parcs, jardins et squares urbains, sur le modèle multifonctionnel des parcs haussmanniens de Paris, constituant des espaces de récréation (et de refuge, même nocturne lors des épisodes de canicules) pour les populations.
Accroissement de la végétalisation (avec l’inclusion de végétaux arbustifs et herbacés) sur les places minéralisées de la métropole, sur le modèle des plantations d’arbres réalisées sur la place de la Comédie à Montpellier ou sur la place de la Gare à Strasbourg.
Maintien de friches spontanées, à l’image de celles qui se sont développées en bordure de la «petite ceinture» parisienne.
Création de nouvelles forêts ou de bosquets denses urbains, constituant des îlots de fraîcheur, à l’exemple des «micro-forêts Miyawaki» (de l’ordre de quelques centaines de m2) ou de projets sur des surfaces plus conséquentes (de l’ordre de l’hectare), comme celle en cours de réalisation sur la place de Catalogne à Paris (XIVe arrondissement).
Ensemble végétal structuré avec strates arborescentes, arbustives et herbacées, rue Vercingétorix, dans le XIVe arrondissement de Paris. | Serge Muller / fourni par l’auteur
L’ensemble de ces formations végétales, complémentaires et adaptées à chaque situation locale, contribuera à accroître l’indice global de canopée de la métropole du Grand Paris et à tendre vers une réelle «forêt urbaine» qui constitue la meilleure adaptation possible des villes aux canicules à venir.
Il est aussi important, à l’échelle régionale, de relier ces zones végétalisées par des corridors de fraîcheur, orientés de façon à optimiser la circulation des brises dominantes arrivant des zones agricoles, forestières ou humides plus fraîches situées en périphérie.
Avoir une adresse est aujourd’hui indispensable pour accéder à tous les droits civiques, civils et sociaux. Pour les personnes sans domicile stable, c’est la domiciliation, proposée par les Centres communaux d’action sociale et certaines associations dont le Secours Catholique, qui est le seul recours. Mais le système, saturé, amène parfois des discriminations.
Dans les Hauts-de-Seine, les organismes associatifs domicilient 3 400 personnes.
Dans l’une des petites salles de La Rampe, lieu d’accueil du Secours Catholique à Colombes (Hauts-de-Seine), Christian attend son tour. Maintenant il donne son nom, son numéro de domicilié et on lui remet un paquet d’enveloppes. Depuis plusieurs années, Christian vient chercher son courrier ici.
« Je n’ai pas les moyens d’avoir un logement, je dors chez divers amis, explique-t-il. Mais il me fallait obligatoirement une adresse fixe pour avoir mon Pass Navigo gratuitement pour le métro. J’ai pu aussi remplir ma feuille d’imposition, avec l’aide d’un bénévole. Même si je ne paie pas d’impôt, j’en ai besoin pour renouveler ma demande de logement social. »
Quatre demi-journées par semaine, le local de La Rampe accueille des permanences de domiciliation. Deux sont gérées par le Secours Catholique et concernent la domiciliation de droit commun, c’est-à-dire pour les Français et les réfugiés politiques. Les deux autres sont tenues par l’association Dom’asile, créée par plusieurs associations caritatives chrétiennes dont le Secours Catholique, pour répondre aux besoins spécifiques des demandeurs d’asile.
Les personnes sans domicile stable peuvent ainsi utiliser l’adresse de ces organismes agréés par la préfecture pour leurs démarches administratives ou pour recevoir du courrier.
Des justificatifs pour justifier le justificatif
« La domiciliation va au-delà d’une simple adresse, précise Hélène Ceccato, animatrice du Secours Catholique des Hauts-de-Seine. Elle est pour nous la première étape d’un accompagnement sur le long terme vers l’accès aux droits. » Une fois le courrier remis à son destinataire, celui-ci passe une dizaine de minutes avec un bénévole pour vérifier qu’aucune lettre n’est urgente. Si besoin il appelle Pôle emploi pour une prise de rendez-vous. Lors des permanences de Dom’asile, une salariée de la Sécurité sociale est même là pour répondre aux questions.
Mais une adresse de domiciliation peut aussi amener à la discrimination. Ce lundi, Marc interpelle Marcelle Brown, co-responsable bénévole de La Rampe : « Je suis allé à la Caf pour avoir une nouvelle carte Vitale. Quand ils ont vu sur mon attestation de domiciliation que La Rampe était mon adresse, ils m’ont demandé un justificatif pour le prouver. »
Marcelle Brown soupire et lève les yeux au ciel : « On en vient à faire un justificatif de justificatif ! » Elle remplit la feuille que lui tend Marc et ajoute une note à l’intention de l’employée de la Caf pour lui rappeler que ce formulaire supplémentaire n’est pas nécessaire. « Voire illégal », observe-t-elle à voix haute.
Pour les étrangers en procédure de régularisation, le courrier est fondamental car il permet le lien avec les administrations.
« Jusqu’en juin, nous avons eu aussi un problème avec la préfecture de Nanterre, rappelle-t-elle. Les demandeurs d’asile domiciliés chez Dom’asile qui obtenaient la protection de la France voulaient retirer leur carte de réfugié politique, comme la procédure le prévoit. Mais les employés au comptoir refusaient de la leur donner à cause de leur adresse. Nous avons interpellé le préfet à ce sujet : La Rampe est un lieu agréé par lui-même ! Depuis juillet, cela semble aller mieux. »
Malgré ces difficultés, la domiciliation est indispensable pour les étrangers sans domicile stable. « Ceux que nous accueillons ont fui les persécutions dans leur pays et une fois sortis de l’avion, ils ont huit jours pour faire une demande d’asile. Or sans adresse, ils ne peuvent entamer la moindre procédure administrative dans ce sens », explique Anne-Claire Bureau, responsable départementale de Dom’asile.
« Nous ne pouvons assurer un service public avec nos seuls bénévoles »
Aujourd’hui, le dispositif est saturé pour ce public : Dom’asile à Colombes reçoit et trie le courrier de près de 800 personnes uniquement avec une vingtaine de bénévoles. D’ailleurs, ce mardi après-midi, Dominique reçoit ceux qui veulent ouvrir une domiciliation… et doit répondre non à presque tout le monde.
« C’est extrêmement difficile de refuser », confie-t-il. Pintu revient pour la deuxième fois ce mois-ci : « Vous m’avez déjà envoyé vers cette autre association. J’ai essayé partout, ça n’a pas marché ! Acceptez-moi ! »
C’est pour répondre à ce genre de situation que le Secours Catholique des Hauts-de-Seine a mis en place, en 2010, un collectif pour la domiciliation rassemblant les organismes agissant dans ce domaine. Son premier travail a été, en 2011, une enquête sur les Centres communaux d’action sociale (CCAS).
« Depuis la loi de 2007 qui institue des possibilités de domiciliation pour les personnes, les premiers concernés par la domiciliation sont les CCAS. Or certains renvoyaient directement les demandeurs d’une adresse vers les associations », se souvient Hélène Ceccato. Résultat : sur le département, les CCAS domicilient environ 1 000 personnes quand les organismes associatifs en ont 3 400.
Hélène Ceccato reconnaît volontiers que les CCAS n’ont pas de budget supplémentaire pour assurer la domiciliation, mais elle plaide pour un changement de mentalité : « Nous ne pouvons assurer un service public avec nos seuls bénévoles. Notre volonté première est que les gens aient accès au droit commun. Pour nous, la meilleure solution serait que les personnes ayant besoin d’une adresse aillent se domicilier auprès des CCAS. Et pourquoi pas, accompagnées d’un de nos bénévoles. Notre rôle serait ainsi mieux cadré. »